Zefal Born to Ride 2018

Un des évènements principaux de l’année pour moi ! l’année dernière, ce challenge organisé par Luc Royer marquait mon entrée dans le monde du bikepacking.

Venant d’une communauté hyper active du pignon fixe, je recherche aussi et toujours à rencontrer de nouvelles têtes. La perspective de voyages à vélo ou pour le vélo m’excite toujours car je sais que je vais sortir de mon confort parisien et que je vais forcément faire de super rencontres. Mis à part le fait de se dépasser physiquement et mentalement, il y aura pour moi toujours cet aspect social qui est indissociable de n’importe quel sport, aussi solitaire soit-il.

La prépa

Car la préparation d’une course fait partie inhérente de l’évènement. Laisser trop de place au hasard coute trop cher en longue distance. C’est pourquoi je devais déjà bien valider mes choix techniques par rapport à mon nouveau vélo, le Moots Routt RSL que nous avons étudié ensemble à l’échappée belle. J’ai pu valider mes choix et en ressortir très satisfait lorsque j’ai participé à la Normandicat un peu plus tôt. En résumé, j’étais très serein quant au matériel.

D’autre part, il fallait bien préparer le parcours. La Born To Ride cette année nous faisait rallier 5 phares depuis Paimpol, jusqu’à San Sebastien. Entre ceux-ci, plusieurs dilemmes étaient de mise. Respecter la trace officielle en passant par Nantes ? ou bien traverser le pont de St Nazaire ?

Aussi, en fonction du timing, certains bacs pouvaient être avantageux, mais il valait mieux prévoir les itinéraires bis au cas où l’on allait rater les horaires parfois très espacés des bacs.

Pour finaliser tout ça, et car j’ai la chance d’habiter une ville peuplée de nombreux autres participants, nous avons confronté nos traces et discuté de tout ça par plusieurs « apéro BTR » et maintes versions de nos itinéraires, partagés assez largement au sein de la communauté.

KM0 – Attaque de Jean-Michel Jappuye !

 

Une après-midi ensoleillée, déjà le plein de nouvelles têtes, pour certains je sais que je vais les revoir en course, pour d’autres je sais que je ne verrai que leur lumière arrière. Cette année je suis équipé plus légèrement et je transporte bien moins d’affaires, ca vient somme toute compenser le choix que j’ai fait de rouler avec un vélo un peu plus lourd mais bien plus confortable.

A l’instar de mon équipement, le cœur lui aussi est assez léger. Je parlais l’année dernière de ces papillonnements lors du départ. Cette année, tout paraît plus simple. Je sais où je vais, je sais globalement avec qui je vais faire le départ, j’ai un planning aux petits oignons, il n’y a plus qu’à faire tourner la machine !
Petite inquiétude néanmoins car une semaine avant mon organisme était assez diminué à cause d’une infection, je pars avec mal de dents et mal de tête mais bon…

Et nous voilà partis, on fait un joli peloton avec principalement trois leaders : Patrick Benevent, Julien Verlay et moi-même qui nous relayons au front. Nous sommes suivis par une bonne trentaine de rouleurs. Eux se plaignent que l’on aille trop vite, nous nous plaignons qu’il n’y ait pas de prise de relai. On s’en fout après tout car l’esprit ce n’est pas ça ! nous sommes beaucoup au départ et il faut que tout cela s’étire, on fait confiance aux hasards du chemin pour rouler un peu moins tassés. On finira quand même à 500 km plus tard pour une première pause dodo avec 29km/h de moyenne. C’est quelque-chose à quoi je ne m’attendais pas, et dont je tirerai les apprentissages rapidement après !

 

Petit peloton du matin

 

La bifurque

A la base, mon parcours m’envoyait à Nantes, à un rythme beaucoup plus mesuré, pour me reposer rapidement dans un petit hotel de la ville. Étant donné que je roulais à l’avant de la course, je me suis laissé influencer par les autres leaders qui passaient tous par le pont de St Nazaire. Je me suis dit que si je voulais garder ce rythme, et comme je me sentais bien, il valait mieux rester en groupe, bien que celui-ci s’était amenuisé (nous n’étions plus que 4 avec Benjamin Gelabert, Patrick Benevent, et Bruno Le Bras).

Je passe donc du statut de « rouleur autonome qui sait où il va », à celui de « j’espère qu’on va pas n’importe où et que je ne fais pas n’importe quoi ».

Avec suffisamment de fatigue, je me plains déraisonnablement que nous faisons une pause trop longue à St Nazaire (arrêt à 18h à St Nazaire, suivi de resto en bonne et due forme et chambre d’hotel pour repartir à 03h30 à l’attaque du pont). Alors qu’avec le recul, je me rends compte que j’étais en fait dans mon planning prévu. Disons que j’ai fait du fractionné long :p

Jour 2

C’est à ce moment que le parcours devient un peu un challenge car je me retrouve à suivre une trace que je n’avais pas repéré virtuellement. Heureusement que nous roulons à une allure assez rapide, je me dis que l’un dans l’autre ça se compense.

Nous voilà partis pour le pont de St Nazaire, 4 pèlerins au beau milieu de la nuit. La montée du pont est impressionnante et pleine d’émotions, on se regroupe en haut le temps d’une photo et nous revoilà lancés en direction du CP3 jusqu’à à la tranche sur mer.

En cours de matinée nous retrouvons divers rouleurs qui ont emprunté un rythme différent, généralement plus lent, mais ayant nécessité moins de pause. C’est ici que je confirme ma volonté d’aller à mon propre rythme car j’ai l’impression que ces derniers km parcourus n’étaient pas les miens. On croise entre-autres Fanny Bensussan qui a su s’écouter et rouler à un rythme bien plus raisonnable, bien qu’ayant fait un seul mini bivouac pour traverser la nuit. On papote un peu et on se fait chambrer car ma récente crevaison nous a fait perdre pas mal de temps, je remercie mes compagnons d’infortune pour leur patience à ce moment.

Ayant commencé notre journée dans l’optique d’arriver au bac de Royan pour 12h30 à une allure frénétique, on se rend rapidement compte qu’on n’est pas dans les clous car on s’arrête trop. Intérieurement, je commence à accumuler de la frustration car je ne suis pas en maitrise de mon chemin. C’est lorsque je vois que nous sommes tangents pour attraper le bac de 14h30, que je décide de reprendre les choses en main. Cette magnifique occasion que nous donne Luc pour nous dépasser individuellement, je décide de la reconquérir et de continuer seul mon chemin en appuyant un peu plus fort sur les pédales.

Si tout se passe bien, j’attraperai le bac. S’il y a un empêchement, au moins je ne pourrai pas accuser injustement le groupe pour cela.

La course redevient mienne, je « roule aux panneaux » pour rejoindre le bac, j’y prends un maximum de plaisir car je sens bien que c’est comme ça que je vais rouler jusqu’à l’arrivée !

Ravi de retrouver le bac à l’heure, je retrouve mes compagnons de route qui ont emprunté un chemin différent ; apparemment ça a laissé des traces car il a fallu bombarder pour y arriver à temps. Satisfaction de voir qu’ils y sont arrivés eux aussi, immense satisfaction de se dire que maintenant, je vais revenir sur mon plan initial à rouler suivant mon feeling.

 

A la sortie du bac, nous voilà partis pour le cap féret. Le chemin est simple, roulant. Je trace sans me demander qui est devant ou derrière. Je suis juste dans l’instant à savourer le fait de rouler sur ma super machine au soleil bientôt couchant. Malheureusement il n’y a plus de bacs entre le cap féret et Arcachon. Alors que je suis résolu à continuer en faisant le grand tour du bassin, Benji nous rappelle que comme Luc le disais, tous moyens accessibles au public pour traverser les bassins eu autres bacs sont bons. Et voilà que 45 minutes plus tard, nous montons dans un zodiac pour une traversée épique du bassin, à 30 nœuds face à la pluie, à tenir nos vélos pour les empêcher de partir du zodiac ! Autant dire que la traversée est dynamisante. Impossible pour moi de m’arrêter bien qu’il soit minuit passé. Je décide de continuer à rouler sous la pluie, on verra bien quand elle aura raison de moi !

 

Last stretch

 

Petit matin sur biscarosse

 

Et la nuit fut longue… il n’a pas arrêté de pleuvoir. J’ai quand même trouvé un bivouac au sec, auquel je suis resté au moins deux heures, jusqu’à ce que la pluie se calme.

Je repars presque sec après m’être changé de la tête aux pieds. Je ne suis pas arrivé à vaincre la nuit + la pluie combinée, mais le moral est bon. Cavalier seul pour cette dernière ligne droite, il ne me reste plus que 200km jusqu’à l’arrivée ! je me sens très en sécurité grâce à mes lumières, la machine met un peu de temps à démarrer pour dépasser les 25Km/h de moyenne mais j’y arrive quand même après une pause boulangerie.

La traversée par hossegor vaut le coup d’œil, les paysages filent très vite et me voilà déjà proche de la frontière.

J’ai pas mal repéré la traversée de la frontière et l’arrivée à San Sebastian, mais je n’ai pas tellement fait attention aux dernières villes qui nous emmènent à Hendaye. A chaque fois que je vois un panneau, je me dis « chouette, dernière ville Française ! » et puis non… en bref j’enchaine les bosses citadines jusqu’à enfin passer la frontière espagnole assez complexe. Nous avions prévu un passage avec un peu plus de dénivelé mais qui allait être plus sûr. Mais la pente à plus de 20% sous la pluie, m’oblige à pousser le vélo. C’est pas grave ! les derniers kilomètres sont gratuits et l’idée de rallier l’arrivée permet de surmonter n’importe quel obstacle.

Je finirai même par la grimpe du faro de Iguieldo en mode KOM hunting, avant de me rendre compte que Luc nous attendait en bas 😉

Par chance, le mauvais temps s’arrête peu après mon arrivée, ce qui me permet de rester pour accueillir les prochains finishers ! Sans surprise, Fanny me rejoint seulement quelques heures après. Nous avons eu le même instinct de continuer à travers la nuit. Ça n’a pas la même dimension quand nous sommes seuls et que ce qui nous tient éveillé ce sont les animaux qui sortent des bois…

Quasiment une semaine après, vous voici à lire ce résumé. C’est le temps qu’il m’a fallu pour digérer tout cela et apprendre de ce qui s’est passé. L’élément principal sur lequel j’aurai progressé finalement ce sera de rester raisonné face à une tache si grande, et à respecter son plan sans trop se faire influencer sur le déroulement. Je pense qu’il faut rester ouvert à l’imprévu, mais cette course m’aura permis de connaître mes limites par rapport à quoi est-ce que je peux lâcher du lest. Respecter son propre rythme est trop important. Je me rends bien compte que c’est tolérable sur une distance comme celle-ci avec 64 heures de course, mais quand je pense à la Transcontinental Race, je sais que tomber dans le même travers sera fatal !

Un immense merci à Luc et toute l’équipe Chilkoot ainsi que les bénévoles. Merci également à l’échappée belle de me faire vivre et partager cette aventure en si bonne compagnie ! Bravo à Patrick Benevent pour s’être révélé et avoir aussi bien roulé sur ce qu’on a pu parcourir ensemble, bravo à Fanny ma co-ambassadrice de choc, ainsi qu’à toute l’équipe de l’échappée belle pour leur esprit et leur soutient, Claire, François, Romain, Patrick et Eric.

La photo finish

Coucou aux membres du RCC avec qui nous sommes partis comme des fusées ! on fait une belle ommelette de rouleurs regardez comme on est frais au départ 🙂

RCC x ZBTR 2018 (photo : Julien verlay)

Merci aux marques partenaires de l’échappée belle : Moots, DT-Swiss, 2-11 cycles et Mohawks